Solennité du Corps et du Sang du Christ (A)

Une histoire de don

Nous voici à ce moment du calendrier liturgique qu’on appelait autrefois « La Fête-Dieu ». Les plus âgés se souviendront des grandes processions dans les rues avec l’ostensoire, le baldaquin, le reposoir. C’était une autre époque. Aujourd’hui, la liturgie est plus sobre.

Pourquoi accorder autant d’importance à cette fête ? Parce qu’elle est l’occasion de se souvenir de ce qui nous unit à Dieu et de ce qui unit Dieu à son peuple. C’est toute l’histoire du peuple d’Israël qui émerge, l’histoire d’une alliance.

Dans l’extrait que nous avons du livre du Deutéronome, Moïse débute par ces mots : souviens-toi. Et plus loin il dira : n’oublie pas. Il faut se souvenir, faire mémoire. Il évoque pour les siens la longue et difficile traversée du désert, non pas pour ressasser des moments douloureux mais pour illustrer la sollicitude de Dieu pour les siens. À travers toutes les épreuves, Dieu s’est fait proche de son peuple.

Le chant du psaume 147 se situe historiquement lors du retour d’exil. Une fois de plus, le peuple s’en est tiré avec l’assistance de Dieu. De retour à la maison, le peuple ouvre un nouveau chapitre de sa vie : tout est à refaire. C’est le moment d’une reconstruction : celle du temple et celle de la vie de communauté. C’est à la gratitude que le psaume invite de manière éloquente : Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! Célèbre ton Dieu, ô Sion ! Le peuple n’a pas compté sur ses forces uniquement : c’est Dieu qui l’a mené à la liberté. Il est donc normal d’exprimer joyeusement sa gratitude.

Le court texte de la lettre aux Corinthiens méritent d’être resitué dans son contexte pour être mieux compris. De tous les temps, les religions ont recouru aux sacrifices sanglants d’animaux et même d’humains pour tenter de rester près de Dieu. C’était encore le cas dans le judaïsme en ce qui a trait au sacrifice animal. Voilà que, dans la communauté des croyantes et croyants de Corinthe, des personnes sont tentées de poursuivre ces sacrifices rituels. Une fois les sacrifices accomplis, on mangeait la viande et les surplus étaient vendus au marché. La question qui se pose : est-ce que les chrétiens peuvent acheter et manger ces viandes sacrificielles ? Paul n’y voit pas de problème pourvu que ce ne soit pas une occasion de scandale. Mais en contexte chrétien, il n’y a plus de place pour ce type de sacrifices. Jésus a fait le don ultime de sa vie. Et le repas eucharistique fait justement mémoire de ce don. Paul utilise le mot grec « koinonia » qui signifie en français communion ou plus précisément « en intimité ». Dans la liturgie, nous utilisons encore le mot sacrifice, notamment à l’offertoire où le prêtre dit : prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ». Le sacrifice dont il est question n’est pas celui de l’égorgement d’un animal mais bien le don d’une vie – celle du Christ- et de nos vies. En Jésus, c’est Dieu qui accomplit son alliance avec l’humanité ; en Jésus c’est l’humanité qui accueille le projet de Dieu et y répond.

L’évangile de Jean qui nous est proposé porte quant à lui sur le thème de la vie. Le mot y revient à plusieurs reprises. On peut se demander : qu’est-ce qui me fait vivre ? À chacun d’y répondre. Dans l’assemblée chrétienne, ce qui nous fait vivre c’est cette participation active à la mission qui nous est donnée par le Christ : le faire connaître au monde. Le repas eucharistique n’est pas réservé à l’élite : le don du Christ est fait pour la multitude – ce sont les mots mêmes de l’institution de l’eucharistie. Dans cet échange, c’est la circulation du don qui se joue : nous recevons de Dieu le pain et le vin que nous lui présentons en retour ; il en fait pour nous le corps et le sang du Christs que nous recevons dans l’acte de communion, dans ce pas que nous faisons pour entrer en intimité avec celui qui vient aussi au plus intime de notre vie. La traduction du texte que nous avons utilise le verbe manger ; je lui préfère la traduction de Chouraki qui prend le verbe mâcher. Il y a quelque chose qui nécessite un engagement de notre part lorsqu’il faut mâcher.

Si nous mangeons de ce pain et buvons de ce vin, c’est aussi le don de notre vie que nous acceptons de faire. À notre tour, comme Lui, de mettre nos vies au service des autres.

†Yves

Lectures de la messe

Première lecture : « Dieu t’a donné cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue » (Dt 8, 2-3.14b-16a)

Psaume : (Ps 147 (147 B), 12-13, 14-15, 19-20) R/ Glorifie le Seigneur, Jérusalem !

Deuxième lecture : « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » (1 Co 10, 16-17)

Évangile : « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 51-58)

La messe aura lieu le samedi 6 juin à 19h, à la salle à manger de la résidence Le Cousineau, 7 000 boul. Cousineau à St-Hubert. Elle sera présidée par Mgr Yves Samson, évêque de l'Église chrétienne catholique traditionnelle. Bienvenue à tous !