Réflexion sur les textes du dimanche de Pâques.
La résurrection : croire pour comprendre
J’ai toujours été profondément convaincu qu’il n’était pas nécessaire d’être croyant pour tirer des textes des évangiles un message positif pour notre vie. Le philosophe athée, André Comte-Sponville, avoue sans sourciller que les valeurs qui se trouvent dans les récits évangéliques sont d’une qualité telle qu’il a choisi de les inculquer à ses enfants. Les enseignements de Jésus recèlent d’un appel à un vivre ensemble fondé sur la solidarité, la présence à l’autre, le partage, l’amour, le pardon, etc. Du début de son ministère public jusqu’au moment de sa mort sur la croix, croyants et non-croyants peuvent y trouver un message pour leur vie.
Or, à partir du matin de la résurrection, les choses prennent une autre tournure. Comme le disait si bien Saint Anselme : « il ne faut pas comprendre pour croire mais croire pour comprendre ». Ce n’est pas la faculté intellectuelle qui est première ici : c’est plutôt l’ouverture du cœur et de l’esprit qui mène à une relecture du message du Christ à la lumière de la résurrection. Le fait de croire apporte un éclairage nouveau aux Écritures. Le rédacteur de l’évangile de Jean rappelle à de nombreuses reprises comment les disciples ont mis du temps à comprendre ce qu’ils avaient vécu avec Jésus et c’est après l’événement mort-résurrection qu’ils vont saisir le sens de tout cela.
Pierre, celui-là même qui entre dans le tombeau le premier, va lui-même voir sa compréhension des choses se transformer : le salut de Dieu (c’est-à-dire la volonté de Dieu de libérer les siens) n’est pas exclusif au peuple d’Israël ; il s’étend désormais aux païens (i.e aux non-croyants). Voilà pourquoi il se retrouve en terre païenne, à Césarée sur mer et qu’il accepte de franchir le seuil de la porte d’un païen, un centurion de l’armée romaine de surcroît, un certain Corneille. La fin du texte est très parlante : « Quiconque croit en lui ». Pronom relatif et indéfini, quiconque et pas seulement le peuple juif. Il lui aura fallu du temps à Pierre avant d’en arriver là. On peut imaginer qu’il a dû passer des heures à faire une relecture de ce qu’il a vécu avec Jésus, à repasser les Écritures : Jésus ne correspondait en rien au messie initialement attendu. Il n’était ni prêtre, ni libérateur politique, ni puissant au sens de la puissance exercée en ce monde. Il lui a possiblement fallu un important travail de relecture pour aboutir à cette compréhension nouvelle sous l’éclairage de la foi.
Enfin, quand il s'adresse aux Colossiens, Paul parle de la résurrection de Jésus – sans expliquer comment ça s’est passé – et de ses effets pour celle et ceux qui adhèrent à cet enseignement. Vivre en ressuscité à la suite de Jésus ne nous fait pas dénigrer ou dédaigner notre réalité terrestre. « Les choses d’en haut » dont il parle sont plutôt nos conduites, nos manières de vivre. Et plus loin dans sa lettre, il nous donnera des exemples concrets que nous pouvons déjà, vous et moi, mettre en œuvre dans notre quotidien en faisant preuve de bienveillance, de douceur, d’humilité, de patience, de pardon mutuel … Croire en la résurrection et vivre en ressuscité c’est vivre autrement notre vie ordinaire, notre vie de tous les jours. C’est aussi accepter que nul n’est forcé de croire.
Puisse cette fête de Pâques être pour nous le premier jour d’un nouvel élan pour aimer à la manière de Dieu !
†Yves
Lectures de la messe
Première lecture : « Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)
Psaume : (Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23) R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
Deuxième lecture : « Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)
Évangile : « Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Nous célèbrerons la joie de la résurrection le samedi 4 avril à 19h à la salle à manger de la résidence Le Cousineau, 7 000 boul. Cousineau à St-Hubert. La messe sera présidée par Mgr Yves Samson, évêque de l'Église chrétienne catholique traditionnelle. Bienvenue à tous !
Trois jours et plus rien n'est pareil !
Messe en mémoire de la Cène du Seigneur (jeudi saint)
Cette semaine sainte dans laquelle nous sommes entrés est l'occasion pour nous de réfléchir non seulement sur ce que Jésus a dû souffrir au cours des dernières heures de sa vie, mais de le redécouvrir : qui il est et sur le sens de son ministère.
L'évangile qui nous est proposé est celui de Jean où il n'est pas question de l'institution de l'eucharistie mais plutôt d'un exemple de service que Jésus donne aux siens : il prend la posture du serviteur et lave les pieds des siens. Seul Jean ne mentionne pas le repas de la Cène alors que les autres évangiles synoptiques le font. Jean insiste plutôt sur cet aspect fondamental du ministère de Jésus : être au service de nos frères et de nos sœurs. Voilà l'engagement suprême : le service mutuel.
Le rappel du mémorial eucharistique nous le trouvons dans l'extrait de la lettre de Paul aux Corinthiens. Paul sent le besoin de faire le point sur leur conduite dans une communauté marquée par la division. Il rappelle à ses auditeurs que l'Alliance conclue par le sang du Christ, celui d'une vie donnée, rassemble et réunie. À deux reprises il insistera sur les paroles de Jésus : "faite cela en mémoire de moi". Le mémorial a un sens puissant : il nous fait revivre de manière intense le don entier de la vie de Jésus.
De la nouvelle alliance en Jésus, le peuple juif auquel appartient Jésus se souvient, lui, dans les jours où surviennent ces événements, de ce que Dieu a fait pour libérer son peuple de l'esclavage et de l'asservissement. Le psalmiste propose une chant d'action de grâce : "comment rendrais-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ?" Le peuple a fait l'expérience d'un Dieu libérateur : il est passé de la servitude au service !
Enfin, la lecture du livre de l'Exode qui nous est suggérée pour cette célébration peut nous surprendre à première vue. Dans le pays d'Égypte, les déportés n'ont pas de propriété qui leur appartienne ; et quand ils quitteront pour marcher au désert, ces nomades n'auront que des tentes comme abris. Pourquoi alors le texte parle-t-il de marquer le "linteau des maisons" du sang de la bête offerte en sacrifice ? Ça donne à penser que ce texte n'aurait pas été écrit au temps de Moïse (1200 av. J-C) mais de manière plus récente (vers 500 av. J-C) pour un contexte liturgique : celui du mémorial de la grande libération. En relisant l'aventure du peuple d'Israël, on comprend bien qu'il subsiste encore aujourd'hui d'autres formes d'esclavage dans notre monde : la guerre, la faim, la pauvreté, l'exclusion, pour ne nommer que ces formes.
Pour nous chrétiennes et chrétiens du XXIe siècle, ces jours saints sont l'opportunité de revisiter notre manière de vivre notre foi, de l'incarner dans le quotidien de nos vies. Comme Jésus l'a fait tout au long de son ministère, il nous est proposé de le suivre en adoptant la tenue de service : pas seulement l'habit matériel, mais celui du cœur. Mon ami Robert Lebel, dans un de ses textes de chansons le plus connu, nous le résume bien : comme lui !
† Yves
LECTURES POUR LA MESSE
Première lecture : Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)
Psaume : (115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18) R/ La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ.
Deuxième lecture : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)
Évangile : « Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)
La messe aura lieu le jeudi 2 avril à 19h à la salle à manger de la résidence Le Cousineau, 7 000 boul. Cousineau, St-Hubert. Elle sera présidée par Mgr Yves Samson, évêque de l'Église chrétienne catholique traditionnelle. Bienvenue à tous !