Réflexion sur les textes liturgiques de ce dimanche de la Pentecôte.

L'unité dans la diversité

Les textes de ce dimanche mettent en évidence le fait que dans la foi chrétienne, l’unité n’est absolument pas synonyme d’uniformité. Bien au contraire : depuis le récit de la Tour de Babel jusqu’au récit du livre des Actes des apôtres, il est sans équivoque que la diversité est une des caractéristiques de la foi. Allons y voir de plus près. Le récit des Actes des apôtres qui nous est proposé est une évocation de trois moments importants de la vie du peuple d’Israël : le don de la loi (sens de la Pentecôte juive), les mots du prophète Joël et la tour de Babel.

Le premier paragraphe met en scène un bruit fort, un vent violent et du feu. C’est exactement le même scénario que le récit de Moïse au Sinaï où lui était donnée les tables de la loi. La Pentecôte chrétienne est celle du don de loi, loi inscrite non plus sur des tables de pierres mais dans la chair des croyantes et croyants par l’Esprit Saint. Le prophète Joël avait déjà prophétisé en ce sens : je répandrai mon esprit sur toute chaire (Joël 2, 28). Dans la salle où se trouvaient les disciples ce jour-là, tous furent remplis de l’Esprit Saint.

Au paragraphe suivant, il est question de la diversité des gens présents à Jérusalem pour cette fête juive : ça n’a rien d’étonnant. Le texte indique qu’ils viennent de toutes les nations et un peu plus loin, ces nations sont nommées. C’est la contrepartie du récit de la tour de Babel. Rappelons-nous que les hommes ne voulaient parler qu’un seul et même langage (à l’exclusion de tout autre), raison qui justifie l’intervention de Dieu qui brouille le langage. Pas d’uniformité. Dans le récit de la Pentecôte chrétienne, tous les entendent parler dans leurs langues des merveilles de Dieu. Pas de pensée unique, pas d’uniformité.

Dans sa lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul nous rappelle quelque chose de fondamentale avec son allégorie du corps et de ses membres : nous sommes toutes et tous indispensables dans ce que nous nommons l’Église. Il parle lui aussi de la diversité : « juifs ou païens » qui se veut une mise en lumière de la diversité religieuse ; « esclaves ou hommes libres », une allusion à la diversité sociale. Et quelle est la mission de l’Église que nous partageons tous ensemble ? La manifestation de l’Esprit en vue du bien, et j’ajouterais du bien de tous. Si les dons sont variés, les services variés, les activités variées, il n’y a pas de place pour une hiérarchie qui élèverait les uns au-dessus des autres. L’ordination conférée à certaines personnes n’accorde pas de supériorité sur les autres.

Enfin, l’évangile de Jean se veut une reprise chrétienne du récit de l’acte de création de la Genèse. D’entrée de jeu, le rédacteur situe l’événement le soir du premier jour de la semaine ou, pour le dire autrement, le 8e jour ou jour du début de la nouvelle création. La résurrection du Christ ouvre à quelque chose de neuf : la re-création de l’humain. Si Dieu a soufflé dans les narines d’Adam pour qu’il soit animé du souffle de sa présence, Jésus fait la même chose sur les siens : il souffle sur eux. Et voilà qu’il nous inscrit dans la continuité de la mission que Dieu lui avait confiée : « de même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ». Nous sommes investis de la même confiance : tous les baptisés partagent la mission de Jésus. Puis il y a cette phrase étrange qui conclue le texte autour de la remise ou du maintien des péchés. Si Dieu n’est que don et pardon, c’est là la base de tout amour, nous sommes invités à marcher dans le même sillon. Comment ne pas annoncer au monde autour de nous cette bonne nouvelle du pardon offert en Dieu ?

Quelle sera la suite ? Ce temps de la Pentecôte est celui du début de l’Église. Je réitère que la raison d’être de l’Église c’est la manifestation de l’Esprit en vue du bien, et du bien de tous. J’aime les images utilisées dans les textes : les langues qu’on aurait dites de feu et le souffle. Le feu en contexte biblique est l’illustration de l’amour ; les langues comme organe de la parole ; donc le langage universel qui se déploie dans toutes les nations est nul autre que celui de l’amour, de cet amour de Dieu pour l’humanité toute entière. En ce qui a trait au souffle, ça m’a fait penser au théâtre où se trouve dans la fosse de la scène, un souffleur au cas où les comédiens perdraient leurs répliques. Dans notre vie de foi, c’est l’Esprit Saint qui se veut notre souffleur et qui nous garde en scène pour l’accomplissement de notre mission. Il est notre inspiration.

Laissons-nous conduire par l’Esprit !

†Yves

MESSE DU JOUR

Première lecture : « Tous furent remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)

Psaume : (Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34) R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !

Deuxième lecture : « C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps » (1 Co 12, 3b-7.12-13)

Évangile : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)

La célébration de l'eucharistie aura lieu le samedi 23 mai à 19h, à la salle à manger de la résidence Le Cousineau, 7 000 boul. Cousineau à St-Hubert. Elle sera présidée par Mgr Yves Samson, évêque de l'Église chrétienne catholique traditionnelle.

Bienvenue à tous !

Réflexion sur les textes du dimanche de l’ascension

« Allez ! »

La célébration de l’ascension du Seigneur est l’occasion de réfléchir sur le sens à donner à notre mission de baptisé. Le verbe utilisé par Jésus dans l’évangile de Mathieu n’est autre qu’une invitation à passer à l’action, à prendre part à l’œuvre de l’annonce de la Bonne nouvelle.

Si les évangiles se terminent à Jérusalem, le livre des Actes des apôtres – que certains appellent aussi l’Évangile de l’Esprit – débute lui aussi à Jérusalem. Le récit qui nous est proposé nous présente une période de préparation, « pendant quarante jours », avant que les apôtres soient envoyés en mission : « vous serez alors mes témoins ». Notre mission et notre responsabilité de croyantes et croyants est de témoigner de notre foi, de faire connaître le Christ comme on l’a dit la semaine dernière avec douceur respect.

Nous avons ensuite un passage de la lettre de Paul aux Éphésiens. La lettre est courte ; elle ne fait que 6 chapitres qui peuvent être divisés en deux sections : la première qui se veut plutôt une contemplation de l’œuvre de Dieu et la seconde une exhortation à avoir une vie conforme à sa foi. On y retrouve une belle prière d’illumination dès le premier paragraphe « qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur ». Cette illumination n’est pas une faveur personnelle à garder pour soi : elle tourne le croyant vers les autres : l’héritage que vous partagez avec les fidèles. Intéressant que ce mot « héritage ». Quand on pense aujourd’hui en termes d’héritage, il nous vient tout de suite en tête des biens que nous recevons d’un autre, une augmentation de nos possessions matérielles, une accumulation de biens. Mais le sens biblique du mot héritage, nachalah, est plutôt à comprendre comme un don de Dieu. Et ce don est celui de l’Esprit.

Et nous revenons à l’Évangile. L’événement raconté se passe sur une montagne qui n’est pas nommée. Nous savons que la montagne est le lieu de la rencontre avec Dieu. La Galilée, connue aussi sous l’appellation de « carrefour des païens ou Galilée des nations », est le lieu où Jésus donne rendez-vous aux siens avant de les envoyer en mission. Étaient-ils vraiment prêts pour cette mission ? Leur expérience nous est familière : nous avons tous vécu un moment où on ne sentait pas équipé pour faire le travail, où on avait l’impression de ne pas être à la hauteur de la situation. On le sent bien quand on lit « mais certains eurent des doutes ». Et pourtant, cela n’empêche pas Jésus de les envoyer. Le verbe est une injonction : allez ! Et voilà que la bonne nouvelle prend de l’expansion : de toutes les nations, faites des disciples ». Le disciple est celui qui se laisse enseigner. Jésus est clair : apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ». Puis il y a cette nouveauté que Jésus introduit, une audace : baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Ici dans la bouche de Jésus s’amorce une compréhension nouvelle de Dieu : c’est la première fois que ce que nous appelons la Trinité – qui n’est pas nommée comme telle – est mentionnée. Pour les juifs, cette notion d’agir au nom de quelqu’un est connue. Souvenons-nous de la guérison du boiteux à la Belle Porte (Ac 3 et 4) : la première question à laquelle Pierre et Jean ont été confrontés était de savoir au nom de qui ils avaient fait cela ! Si pour nous, cette évocation du Père, du Fils et du Saint-Esprit est une formule habituelle, pour les juifs du temps de Jésus, il s’agit d’une nouveauté.

Avec quoi repartirons nous cette semaine ? Avec une invitation à participer activement à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Cet « allez » s’adresse aussi à chacune et chacun d’entre nous. À nous de porter aux autres le Dieu de la présence ! Et par notre présence, soyons porteuses et porteurs de Dieu aux autres !

† Yves

Lectures de la messe

Première lecture : « Tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva » (Ac 1, 1-11)

Psaume : (Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9) R/ Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor.

Deuxième lecture : « Dieu l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » (Ep 1, 17-23)

Évangile : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 16-20)

Commentaire sur les textes du 6e dimanche de Pâques

« Avec douceur et respect »

Les textes de la liturgie de ce dimanche ont un thème en commun : celui du témoignage. Nous sommes invités à témoigner de notre foi, de notre espérance. Voyons y de plus près.

La première lecture nous présente Philippe qui témoigne de sa foi en Samarie. Philippe, un juif devenu chrétien depuis peu, s’en va chez les voisins méprisés des juifs de Jérusalem : en terre de Samarie. S’il est devenu chrétien, Philippe demeure profondément attaché à sa foi juive, comme bien d’autres d’ailleurs. Et il trouve en Samarie des oreilles et des cœurs qui accueillent le message de la Bonne Nouvelle. Et même à distance, nous dit le texte, il est en lien avec les Apôtres restés eux à Jérusalem. Pierre et Jean viendront constater l’efficacité de son ministère. Et la Bonne Nouvelle est source d’une grande joie.

À travers les versets du psaume 65 (66), le psalmiste résume toute la vie croyante et l’expérience du peuple d’Israël, passé-présent-et à venir : du Dieu qui libère au temps de l’exode « il changea la mer en terre ferme » ; au présent qui témoigne de l’œuvre de Dieu en faveur des siens « je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme » ; et cette anticipation de voir tous les peuples réunis ensemble sous le regard de Dieu : « Acclamez Dieu toute la terre ». C’est la longue aventure des croyants qui se déploie à travers ces quelques versets. Nous risquons de trébucher sur un mot : redoutable. Nous faut-il redouter Dieu ? Bien sûr que non. Le mot ici a pour sens celui d’un compliment. C’était le langage utilisé pour reconnaître la grandeur d’un roi ; employé pour parler de Dieu, il signifie qu’il est notre seul roi, grand et remarquable.

Quant à lui, Pierre invite ses premiers auditeurs à oser témoigner de leur foi même en situation d’hostilité. Rendre raison de notre espérance : croire que la vie est plus forte la mort. Je remarque au passage quelque chose d’intéressant : Pierre nous invite à répondre et non à parler en premier. Si nous ne parlons pas, comment alors témoigner ? Par l’exemple de notre vie. Et si nous devons prendre la parole, alors allons y avec douceur et respect.

Enfin, le texte de l’évangile de Jean nous ramène au soir du jeudi saint quand tout est sur le point de basculer. Jésus insiste pour parler de sa relation au Père, de sa relation à ses disciples et de la relation d’eux et lui au Père. Il ne veut pas les laisser seuls : il enverra l’Esprit, le Défenseur. Les juifs qui l’écoutent connaissent bien le thème de l’Esprit, parce qu’il a été évoqué par les prophètes dont Ézéchiel « je mettrai en vous mon esprit » et Joël « je répandrai mon esprit sur toute chaire ». Un autre mot peut faire obstacle à notre compréhension : celui du Défenseur. Avons-nous à nous défendre contre Dieu ? Certes, pas. Le mot Défenseur est à comprendre comme un réconfort, une assistance. Et cet Esprit va demeurer auprès de nous. Dorénavant, la demeure de Dieu ne sera plus le Temple de pierres, mais le cœur des croyantes et des croyants.

Avec quoi repartirons nous cette semaine ? Avec une invitation à mener une vie qui soit cohérente avec notre foi et les valeurs qui nous habitent sous le signe de la joie. Cela me permet de revenir sur un mot que nous entendons souvent : la pratique. La pratique « religieuse » ne se limite pas à la stricte observance de règles et de rituels ; elle est bien plutôt une invitation à aimer concrètement et inconditionnellement à chaque jour de notre vie. En cette fin de semaine de la fête des mères, peut-être que l’exemple de l’amour que nous a porté notre propre maman ou que ces femmes d’aujourd’hui portent aux leurs nous dit quelque chose de l’amour et de la tendresse de Dieu pour l’humanité.

Ces mots d’une chanson de Robert Lebel ont remonté en moi : « je voudrais qu’en vous voyant vivre, étonnés les gens puissent dire, voyez comme ils s’aiment, voyez leur bonheur ! » Mettons ça en pratique.

† Yves

Lectures de la messe

Première lecture : « Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint » (Ac 8, 5-8.14-17)

Psaume : (Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20) R/ Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur !

Deuxième lecture : « Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a reçu la vie » (1 P 3, 15-18)

Évangile : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur » (Jn 14, 15-21)

Réflexion sur les textes du 4e dimanche de Pâques

L’exemple du bon berger

Cette semaine, 3 des textes qui nous sont proposés dans la liturgie de la Parole ont quelque chose en commun : ils nous amènent à la bergerie. Berger, brebis, troupeau sont des thèmes repris dans le psaume, la 2e lecture (lettre de Pierre) et l’évangile. Allons-y voir. Le psaume 22 compare le Seigneur à un bon berger attentionné. Il en fait même un modèle à imiter. Ce psaume était chanté par les premiers chrétiens au jour du baptême. Notre pratique liturgique moderne l’a plutôt relégué à la célébration des funéraires, une manière de soutenir l’espérance. Ce psaume n’est rien d’autre qu’une invitation à la confiance en ce Dieu qui, à l’exemple du berger, rassemble, guide et défend, protège, assure le bien-être et accueille.

Quand il s’adresse aux esclaves et particulièrement à ceux qui sont chrétiens (et oui l’esclavage était encore en usage à cette époque), Pierre les invite à tenir bon et à prendre exemple sur Jésus en supportant la souffrance. Attention de ne pas détourner le sens des mots en ouverture du texte « si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu » : la souffrance n’est pas une grâce mais tenir bon dans le bien, oui. Et il nous propose une compréhension du salut. Comment vivre en sauvé ? Que nous vivions pour la justice. Le texte s’achève sur Pierre qui utilise l’image du berger : « Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes ».

Et l’évangile de Jean met en scène une rencontre entre Jésus et les pharisiens. Il leur adresse deux paraboles plutôt qu’une où il est question de portier et de voleur, de voix familière et de voix étrangère, de celui qui rassemble et celui qui disperse. Jésus commence chacune de ses paraboles par une expression officielle : « Amen Amen je vous le dis ». C’est la manière de faire des prophètes qui souvent commencent une interpellation par « Oracle du Seigneur » ou encore « Ainsi parle le Seigneur ». On pourrait croire à première vue que si Jésus y va à deux fois plutôt qu’une avec ses images de bon berger, c’est que ses auditeurs – les pharisiens – ne comprenaient pas ce qu’il voulait dire. C’est bien ce que dit le texte : « eux ne comprirent pas ». Je suis personnellement plutôt tenté de croire qu’ils ne voulaient pas comprendre. C’était une réprimande, une rebuffade qu’il leur adressait. Je pense qu’ils comprenaient trop bien ce qui était en jeu et ne voulaient pas le voir, l’admettre.

Qu’en est-il pour nous qui entendons ces textes aujourd’hui ? Si nous cherchons un mode d’emploi de la vie chrétienne, l’exemple du bon Berger est le guide idéal. Dans notre vie quotidienne, dans toutes les sphères de notre vie, nous sommes invités à prendre soin des gens qui nous entourent, à guider celles et ceux qui cherchent, à protéger, accueillir, prendre la défense des « petits » de notre temps. Voilà notre vie de foi en pratique.

Et pour l’Église, il y a cet appel à rassembler plutôt que de diviser, à accueillir plutôt qu’exclure. Il est important de poursuivre le travail de rapprochement entre les diverses dénominations chrétiennes. L’œcuménisme nous a permis de faire des avancées. Mais il tarde encore le jour où nous pourrons, tous ensemble et dans la joie, partager la table eucharistique. Si le Christ est le bon Berger et la porte par qui entrer dans le royaume et être sauvés, nous sommes tous et toutes membres de son troupeau, peu importe la famille religieuse à laquelle nous appartenons.

†Yves

Lectures de la messe

Première lecture : « Dieu l’a fait Seigneur et Christ » (Ac 2, 14a.36-41)

Psaume : (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6) R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Deuxième lecture : « Vous êtes retournés vers le berger de vos âmes » (1 P 2, 20b-25)

Évangile : « Je suis la porte des brebis » (Jn 10, 1-10)

Réflexion sur les textes de la liturgie de ce dimanche, le 3e dimanche de Pâques.

Jusqu’où va l’amour de Dieu ?

L’évangile de ce dimanche met en scène le récit de la rencontre de Jésus avec ceux qu’on appelle les disciples d’Emmaüs. C’est à l’occasion d’une marche sur le chemin du retour à la maison que Jésus les rejoint. Le verbe marcher revient régulièrement dans les textes bibliques et particulièrement dans les évangiles. Marcher avec quelqu’un favorise la connexion sociale et la communication, permet de partager une direction commune et de créer une certaine complicité. C’est aussi garder un certain contact avec le sol sous nos pieds. C’est bien ce qui est en cause de ce récit.

 

Au fil de la conversation, Jésus ajuste son pas à celui des deux marcheurs. On connaît l’identité de l’un des deux, un dénommé Cléophas ; on ne sait rien de l’autre. Voilà que Jésus, qui n’a pas été encore reconnu, prend le temps de relire avec eux tout ce qui le concerne dans l’Écriture. Cet enseignement les aligne ; et pendant qu’il leur parle, la connexion sociale s’installe « leur cœur sont brûlants ». Et à l’occasion d’un geste familier, celui de rompre le pain, ils reconnaissent le marcheur : c’est lui, c’est Jésus.

 

Parlant de relecture, c’est bien ce que fait Pierre dans l’extrait des Actes des Apôtres qui nous est suggéré. Il reprend l’expérience du patriarche David. À la lumière des événements de la mort-résurrection, il fait la découverte d’une nouvelle dimension des Écritures à la lumière du Christ ressuscité. Pierre, celui-là même qui l’avait renié publiquement trois fois plutôt qu’une, semble habité d’une énergie nouvelle. Il voit en Jésus la continuité de l’œuvre de Dieu. Cela se produit le jour de la Pentecôte : avant d’être une fête chrétienne, la Pentecôte était aussi une fête juive. Les premières communautés chrétiennes vont trouver un sens chrétien à ce moment de leur foi juive.

 

Nous entendons aussi Pierre dans la 2e lecture. Qui sont les « bien-aimés » à qui ils s’adressent ? Au temps de l’année où se situe le récit, Jérusalem grouille de monde. Il y a les juifs venus célébrer la Pâque et aussi ceux qu’on pourrait désigner comme sympathisants de la foi juive, les « craignant Dieu », qui pratiquent les divers éléments de la foi juive sans toutefois avoir encore pris la décision de la circoncision. C’est ce que donne à croire les premiers versets de la lettre quand Pierre utilise ces mots : « si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu ». Il devait aussi se trouver parmi les premiers chrétiens des personnes qui s’intéressaient à l’enseignement de Jésus et des apôtres mais qui ne voulait rien savoir de se soumettre aux règles du judaïsme. Faut-il revenir sur le mot « crainte » : vivre dans la crainte de Dieu ne signifie pas vivre dans la peur ; il s’agit plutôt de vivre sous la mouvance d’une aptitude filiale faite de tendresse et d’affection.

 

Jusqu’où va l’amour de Dieu ?

 

À l’exemple des disciples d’Emmaüs, jusqu’à prendre le temps de faire route avec nous, de nous réchauffer le cœur et d’ouvrir les yeux de notre foi. À l’exemple de Pierre, de relire le récit de notre vie pour y découvrir la continuité de son œuvre en notre temps. À l’exemple des premières communautés chrétiennes, d’accepter que nous sommes toutes et tous ses « bien-aimés », celles et ceux qui sont avec nous et nos frères et sœurs qui cheminent ailleurs. Et ultimement reconnaître ou redécouvrir qu’il est gratuit le don de son amour pour l’humanité.

†Yves

 

Lectures de la messe

Première lecture : « Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 14.22b-33)

Psaume : (Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11) R/ Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie.

Deuxième lecture : « Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ » (1 P 1, 17-21)

Évangile : « Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 13-35)

 

 

Réflexion sur les textes de la liturgie que nous lirons à l'occasion de ce 2e dimanche de Pâques.

« Le premier jour de la semaine »

Dans la foulée de l’événement de la résurrection, ce n’est plus le jour du sabbat qui aura de l’importance aux yeux de la première communauté de croyantes et de croyants mais bien ce jour désigné dans les textes comme étant « le premier jour de la semaine ». Et ce jour est le dimanche. Voilà qui explique ce passage entre la tradition juive et la tradition chrétienne. Et vous remarquerez qu’on parle du 2e dimanche de Pâques et non pas 2e dimanche après Pâques : pour la tradition chrétienne, c’est Pâques à chaque dimanche.

Le rédacteur de l’Évangile de Jean raconte une des rencontres du Ressuscité avec les siens. Jésus leur adresse une salutation à la manière juive : « La paix soit avec vous ». Puis toute suite après il leur confie une mission : celle d’annoncer au monde l’amour bienveillant et miséricordieux de Dieu. Il y a cette phrase où il est question de remettre ou de maintenir les péchés. Qu’elle est la racine du péché ? Celle de ne pas croire en l’amour de Dieu. En tant que disciples du Christ, nous avons le mandat par l’exemple de notre vie, le témoignage vivant de notre foi, de faire connaître aux autres cet amour de Dieu pour l’humanité. Si nous ne le faisons pas, c’est notre inaction qui garde, qui maintient le péché de l’autre.

Pierre, un des contemporains de Jésus, insiste dans l’extrait de sa lettre que nous lisons ce dimanche sur deux thèmes : la foi (le mot reviendra à au moins 5 reprises en quelques versets) et la joie. La foi qui nous fait découvrir et tenir bon dans la grande miséricorde de Dieu ne peut que susciter la joie dans notre cœur et notre vie. Sommes des chrétiennes et des chrétiens joyeux ? Notre joie est-elle contagieuse ?

Le psaume 117, psaume de louange, écrit jadis pour faire mémoire de l’œuvre de Dieu en faveur de son peuple peut aussi être relu à la lumière de la résurrection du Christ. La fête des tentes de la tradition judaïque et l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem s’apparentent en termes de signification. « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !»

Enfin, la première lecture tirée des Actes des apôtres, nous dresse un portrait – peut-être un peu idyllique – de la vie des premières communautés. Mais quel message Luc veut-il nous livrer ? Que tout allait très bien dans les premières communautés et que la vie se déroulait sans heurt ? Je ne pense pas que ce soit le cas, ni son objectif véritable. Luc rappelle ce qui est au fondement même de la vie communautaire : être assidu à l’enseignement ; vivre dans l’émerveillement de ce que Dieu fait pour l’humanité ; vivre ensemble ; rompre le pain « avec allégresse » (le fameux thème de la joie dont parle Pierre) ; et prier tous ensemble.

Au final, on réalise assez vite que Jésus ressuscité ne profite pas de sa présence pour régler ses comptes avec les siens qui l’ont trahi, renié ou qui ont fui à cause de la peur. Loin de là : le tout débute par une salutation et non par un reproche. Il incarne lui-même la miséricorde de Dieu, la tendresse de ce Père dont il a parlé aux siens. Et 2000 ans plus tard, nous pouvons nous sentir concernés par cette parole qu’il adresse aux siens : heureux qui croit sans avoir vu !

Dans un monde en proie à la haine, la guerre et la montée de la violence, c’est à nous qu’il revient de nous laisser toucher par la miséricorde de Dieu et de tenter d’aimer, en retour, d’un amour qui peut dépasser toute intelligence et toute compréhension humaine. Que notre joie se reflète sur nos visages et attirent celles et ceux qui cherchent encore un signe de la présence de Dieu dans notre monde. Soyons nous-même branchés sur ce Dieu source de paix, de joie et de vie et rayonnons de son amour ! Que chaque rencontre soit l'occasion du premier jour.

†Yves

Lectures de la messe

Première lecture : « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun » (Ac 2, 42-47)

Psaume : (Ps 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24) R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !

Deuxième lecture : « Il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » (1 P 1, 3-9)

Évangile : « Huit jours plus tard, Jésus vient » (Jn 20, 19-31)